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Être ou ne pas être schismatique
Publié le 22/06/2026

En dépit de sa brièveté et de son souci de se caler le plus possible sur le Motu proprio Ecclesia Dei adflicta du 2 juillet 1988 du pape Jean-Paul II, la déclaration du cardinal Victor Manuel Fernández du 13 mai 2026 souffre d’un vice de cohérence interne. Tout se passe comme si le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi avait apposé sa signature sur un « copier – coller », comme si le membre du dicastère qui a rédigé le communiqué à son attention n’avait pas perçu la différence canonique essentielle qui, aux yeux du Vatican, existe entre les sacres du 30 juin 1998 et ceux du 1er juillet 2026.
Pour manifester cette méprise, nous commencerons par clarifier ce que veut dire l’expression « acte schismatique » utilisé dans le communiqué (I). Après cette explication, nous montrerons en quoi consiste le vice interne du communiqué (II). Mais, puisqu’il a été ainsi rendu public, nous en expliciterons l’implication (III).
I. « Ce geste constituera un ‘acte schismatique’ »
Le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi commence par dire que « les ordinations épiscopales annoncées par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ne disposent pas du mandat pontifical correspondant » et affirme en conséquence que « ce geste constituera ‘un acte schismatique’ ».
Il nous faut ici manifester que le cardinal Fernández ne s’exprime pas comme quelqu’un qui voudrait dire que la FSSPX, déjà schismatique, s’apprêterait à poser un acte qui aggraverait le schisme dans lequel elle se trouverait déjà. Ce n’est pas ce que la lecture obvie du communiqué signifie, ainsi que nous le montrons maintenant :
tout d’abord si le communiqué supposait, avant même les sacres du 1er juillet 2026 la FSSPX comme étant déjà schismatique, à quoi bon fustiger les sacres à venir puisqu’en réalité ils n’enlèveraient ni ne retireraient rien à cette situation de schisme?
Et surtout, si le communiqué était dans cette pensée, il n’affirmerait pas, au temps du futur, que « ce geste constituera ‘un acte schismatique’ », laissant ainsi entendre que si ces consécrations n’avaient pas lieu, le schisme ne serait pas consommé.
Est-ce que le communiqué exprimerait la pensée que la FSSPX, avant les sacres du 1er juillet 2026, n’est pas schismatique parce que la levée des excommunications du 21 janvier 2009 aurait fait disparaître le délit de schisme affirmé dans le Motu proprio Ecclesia Dei adflicta du 2 juillet 1988 ? Non, le communiqué ne peut pas non plus se fonder sur ce motif pour considérer que le schisme n’existe plus car la levée de l’excommunication des quatre évêques ne portait que sur le délit de l’illicéité de leur ordination épiscopale1 .
La question demeure donc entière : pourquoi le communiqué du cardinal Fernández ne considère-t-il visiblement pas la FSSPX comme étant déjà dans le schisme avant les consécrations épiscopales du 1er juillet 2026 ? Est-ce pour pouvoir davantage effaroucher les fidèles et travailler l’opinion publique ? Il ne nous le semble pas.
Nous allons montrer quel est le motif le plus plausible.
II. L’incohérence du communiqué
En 1988, les choses étaient bien claires. Il y avait un « avant les sacres » puis, les sacres étant censés inaugurer le schisme, un « après les sacres ».
L’« avant les sacres », c’était un monseigneur Lefebvre, certes déjà suspens a divinis par un décret qui lui fut notifié le 22 juillet 1977, mais pas schismatique pour autant.
Puis, il y eut les consécrations épiscopales du 30 juin 1988 qui, selon le Motu proprio du 2 juillet 1988, ont constitué un acte schismatique.
Depuis, la FSSPX se trouve considérée comme schismatique2.
L’erreur du communiqué du 13 mai 2026 consiste à reprendre les textes de 1988 comme si les sacres de 1988 n’avaient pas eu lieu ou, plus exactement, comme si un parallèle pouvait être strictement établi pour la FSSPX entre la période qui précède les sacres du 30 juin 1988 et celle qui précède les sacres du 1er juillet 2026.
Or, aux yeux du Vatican, ainsi que nous l’avons vu, il n’en est rien puisque la FSSPX n’aurait versé dans le schisme qu’à partir du 30 juin 1988 et ne l’était donc pas auparavant.
Finalement, on a l’impression que l’auteur du communiqué a tellement voulu se border en utilisant les textes de 1988 qu’il en a oublié qu’aux yeux du Vatican, l’avant 2026 n’a rien à voir avec l’avant 1988, puisque celui-ci n’est pas schismatique tandis que celui-là le serait.
C’est ce qui fait l’incohérence de ce communiqué. Néanmoins, s’il n’est pas rétracté ou corrigé, il est de notre droit de nous appuyer sur lui pour en montrer son implication.
III. Implication du communiqué du 13 mai 2026
Nous prenons acte que la FSSPX d’avant le 1er juillet 2026 n’est pas schismatique, selon le communiqué du 13 mai 2026.
Si elle n’est pas schismatique, c’est donc que les sacres du 30 juin 1988 ne l’ont pas rendue schismatique.
Mais si les sacres du 30 juin 1988 ne l’ont pas rendue schismatique, ceux du 1er juillet 2026 ne la rendront donc pas davantage schismatique.
Conclusion
Nous ne nous sommes évidemment attaché qu’à la seule logique formelle du texte. Nous n’avons pas pinaillé sur les mots mais nous avons manifesté un vice de forme profond de ce communiqué qui vient donner raison à la première impression de négligé que l’on a en en prenant connaissance.
Déjà déconsidéré par la personnalité, les écrits et les mesures de son Préfet, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi l’est ici par son manque de rigueur canonique. Dans n’importe quel Droit, les vices de forme sont justement considérés comme suffisamment graves pour rendre nuls les décrets qu’ils vicient. Certes, ce communiqué n’est pas un décret mais il montre le peu de crédit, même seulement canonique, de ce dicastère. On s’en souviendra après le 1er juillet 2026.
RP Joseph, OFM cap.
30 mai 2026
Notes
1 « Les clercs de la FSSPX sont susceptibles d'avoir encouru l'excommunication latæ sententiæ pour schisme. Même si la question fut discutée, les ordinations épiscopales sans mandat pontifical fait par monseigneur Lefebvre ont été considérées par plusieurs textes émanant du Saint-Siège comme étant de nature schismatique et la décision de 2009 ne change rien sur ce point ». Philippe Toxé, « La levée des excommunications de quatre évêques de la FSSPX » in « Année canonique 49 », 2007, p. 431.
2 « On peut considérer avec le Conseil pontifical que, par leur comportement, les clercs de la FSSPX démontraient adhérer formellement au schisme, soit parce qu’ordonnés avant 1988, ils ont adhéré au schisme après en demeurant soumis à monseigneur Lefebvre, soit parce qu’ordonnés après, il manifestait par le fait même leur adhésion au schisme. » Ibidem p. 425.
Image : By Dirección de Relaciones Institucionales de la Universidad Católica Argentina - uca.edu.ar, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=190850830
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