La première crèche grandeur nature - Capucins de Morgon

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La première crèche grandeur nature

Publié le 12/08/2026

N° 29 - décembre 2010

 

Chers voisins et amis

 

       Greccio. Ce petit village d'Italie vit paisiblement au rythme des saisons, en ce début du XIIIème siècle. Ordinairement les activités sont bien réglées, cependant que se passe-t-il, en cette fin de décembre, d'habitude si tranquille ? On dirait que Ton fait des préparatifs. Un homme, appelé Jean, de bonne renommée et de vie meilleure encore, s'affaire : le voici conduisant une charrette de foin, puis menant des animaux pour ménager dans la forêt qui jouxte le village, une étable. Cet homme, bien connu et estimé dans la région, est grand ami de Frère François d'Assise. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrer à Greccio la prochaine fête du Seigneur (la fête de Noël), pars dès maintenant et occupe-toi des préparatifs que je vais f indiquer. Je veux évoquer, en effet, le souvenir de l'Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu'il endura dès son enfance ; je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu'il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin entre un bœuf et un âne. ». L'ami fidèle avait acquiescé à la demande du saint et réglait les dernières dispositions en cette veille de Noël.

       Quand l'heure fut venue, des frères de plusieurs couvents et les gens du pays se hâtèrent vers le lieu ainsi préparé. Tous s'étaient munis de cierges et de torches pour rendre la nuit lumineuse. En arrivant, le saint vit que tout était prêt et se réjouit fort. On avait apporté une mangeoire et du foin, on avait amené un âne et un bœuf. Là, vraiment, la simplicité était à l'honneur ; c'était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d'humilité : Greccio était devenu un nouveau Bethléem. La nuit se fit aussi lumineuse que le jour et aussi délicieuse pour les animaux que pour les hommes. Les bois retentissaient de chants, et les montagnes en répercutaient les joyeux échos. Les frères chantaient les louanges du Seigneur et toute la nuit se passa dans la joie.

       Enfin, le prêtre convié à cette cérémonie, simple et grandiose à la fois, célébra la sainte messe sur la mangeoire qui lui servit d'autel. A son tour, frère François chanta l'évangile et prêcha avec de tels accents que tous en étaient émus. Il trouva des mots doux comme le miel pour parler de la petite ville de Bethléem et de la naissance du pauvre Roi. Enfin, ces belles cérémonies de la Nativité s'achevèrent et il fallut penser à retourner chez soi. Mais en cette veillée, la ferveur s'était rallumée dans les âmes. L'Enfant-Jésus était, de fait, endormi dans l'oubli au fond de bien des cœurs, jusqu'au jour où, par son serviteur François, son souvenir fut ranimé et imprimé de façon indélébile dans les mémoires. Après la clôture des solennités de la nuit, chacun rentra chez soi, plein d'allégresse. Ainsi, Greccio, ce petit village d'Italie, par l'inspiration de saint François, fut le théâtre de la première crèche grandeur nature.

Le saint Petit-Enfant et ses petits prédicateurs.

       A Rome, à côté du Capitole, s'élève une église dédiée à la Sainte Vierge Marie. Elle est desservie par des Pères franciscains. On trouve dans cette église une statue miraculeuse de l’Enfant-Jésus, très vénéré des Romains, qui l'appellent du nom bien simple « Sante Bambino » (le Saint Bambin ou le Saint Petit Enfant). Ce « petit Jésus », tout Rome le connaît, l'aime et l'invoque. Cette statue, selon la tradition, aurait été sculptée à Jérusalem par un religieux franciscain, dans un morceau d'olivier datant de l'époque de Notre Seigneur Jésus-Christ. Durant les fêtes de Noël, il est d'usage dans cette église de laisser prêcher les petits enfants. Au pied d'un pilier, proche de la crèche où repose le « Saint Bambino », une petite chaire est dressée. C'est là que les jeunes romains et aussi jeunes romaines (de 7 à 10 ans) donnent dans la simplicité de leur langage de petits discours sur le saint Enfant-Jésus. Ils célèbrent ses louanges et exhortent les assistants à l'amour de ce Dieu qui s'est fait petit enfant. On ne peut oublier l'amabilité de Notre Seigneur Jésus-Christ qui a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Ces petits enfants la lui rendent bien en rivalisant de sagesse pour obtenir l'honneur de prêcher leur divin Sauveur, se faisant ainsi ses petits apôtres.

La Crèche

       Que signifie le mot crèche ? D'origine franque, ce mot désigne la mangeoire des animaux dans une étable ou une bergerie.

       Jésus-Christ ayant été déposé dans cette crèche qui servait aux animaux dans Pétable de Bethléem où il naquit, on appela ce lieu « la crèche » ; puis, on donna ce nom à toutes les représentations plastiques du mystère de Noël.

       De nos jours, et toujours en relation avec la naissance de Jésus à Bethléem, on nomme « crèche » tout établissement où l'on prend soin des petits enfants.

 

       Quel « mystère » de la foi catholique représente la crèche ?

       Après la création, l'homme ayant refusé la dépendance envers Dieu, et par là rejeté son amitié, perdit la paix et l'espérance d'un bonheur éternel. La grave offense nécessitait une réparation trop lourde pour l'homme. Dans sa bonté et son désir de renouer cette amitié. Dieu s'engagea à envoyer un Sauveur qui paierait à la place des hommes, par le sacrifice de sa vie.

       Ce Sauveur sera Dieu lui-même, seul capable de réparer ; mais il prendra la nature humaine, afin de faire jouer la solidarité : l'homme a rompu l'alliance, c'est lui qui doit réparer. Noël est donc le mystère de Dieu assumant la nature humaine pour sauver l'humanité. Jésus, né dans la crèche accomplit les prophéties d'Isaïe (740 avant J.C.) : Aussi le Seigneur va-t-il vous donner lui-même un signe : que la Vierge conçoive et enfante un fils, et qu 'elle le nomme Emmanuel (Isaïe 7, 14) . Et celles du prophète Michée (même époque) : Mais toi, Bethléem-Ephrata, si petite parmi les clans de Juda, c 'est de toi que sortira pour moi Celui qui est appelé à gouverner Israël Les origines remontent aux temps antiques, aux jours du lointain passé. C'est pourquoi (Dieu) livrera (son peuple) jusqu'au temps où celle qui doit enfanter enfantera, et où le reste de ses frères reviendra auprès des enfants d'Israël. Il se lèvera pour paître (son troupeau) avec la force du Seigneur, avec la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Les siens vivront en sécurité, car il sera magnifié'jusqu'aux confins de la terre. Et telle sera la paix (Michée 5, 1-4).

       Quelle signification ont les noms des personnages de la crèche ?

       Jésus signifie : « Sauveur » et Emmanuel veut dire « Dieu avec nous ». Marie signifie « Princesse » : << Dame » ; « la forte » ou encore « celle qui est élevée », ou bien, sur l'hébreu : Mar yam a donné l'appellation « Etoile de la mer ». Joseph signifie : « accroissement » (sous-entendu : Joseph a toujours grandi en sainteté).

       Quelle est l'histoire de la dévotion à la Crèche ?

       Bethléem connut, à toutes les époques, de nombreux pèlerins de toutes nations. Ils en relatèrent leurs impressions. Il nous reste de nombreux témoignages antiques. On rapportait des fragments du rocher, des pincées de terre, de l'huile de la lampe qui brûlait en permanence au lieu de la naissance de Jésus.

       On construisit ensuite des chapelles à l’imitation de la grotte de Bethléem. Ce fut le cas pour la crypte de Sainte Marie-Majeure, à Rome, où des morceaux de la crèche furent apportés.

       Au Moyen-âge, le symbole crèche-autel « pain vivant s'offrant aux hommes » prit une grande importance. Ce symbole rapprochant la crèche et l'eucharistie inspire saint François d'Assise qui, le premier, voulut reconstituer l'ambiance de la crèche pour réveiller dans les cœurs l'amour de l’Enfant-Jésus.

       Cette première crèche vivante remonte à la nuit de Noël 1223, à Greccio, en Italie. François, après avoir demandé et reçu l'autorisation du Pape Innocent III, fit conduire dans une grotte un bœuf et un âne, et déposer un peu de paille dans une mangeoire. Là, fut célébrée la messe de Noël, devant les frères et les nombreux habitants de la région qui étaient accourus, des torches en main.

       Alors que saint François prêchait sur ce mystère, le chevalier Jean de Greccio, qui avait présidé à cette installation, vit apparaître dans les bras du prédicateur, l’Enfant-Jésus. Une fresque, du 14e ou 15e siècle, relate cet événement en cette grotte de Greccio.

       Au Moyen-Age toujours, les jeux liturgiques furent nombreux qui firent allusion à la crèche de Noël. Dans les églises mêmes sont figurées : la venue des anges, celle des bergers, et celle des Mages ; le lit de la Vierge et la crèche. Ils sont représentés près de l'autel.

       Au 14e et 15e siècles vont paraître les représentations sous forme de figurines : Vierge couchée à l’Enfant, Enfant-Jésus que l’on berçait dans un landau. On y trouve Marie, Joseph, les bergers, les Mages, les anges. Ces crèches sont des sculptures fixes, mais bientôt vont apparaitre les crèches mobiles, telles qu'on les voit aujourd'hui dans les églises.

       Au 17e siècle, la dévotion à l'Enfant-Jésus connut un renouveau remarquable dans la piété des fidèles et engloba la dévotion à la crèche.

       Certaines traditions, plus récentes, donnèrent une ampleur considérable aux crèches antiques, multipliant les personnages, comme c'est le cas en Provence, par exemple.

       Ces représentations du mystère de Noël ont donné naissance à un véritable artisanat. Ainsi, le village d'Aubagne s'était spécialisé dans la confection des petits « santons de Provence », qui sont réalisés aujourd'hui en bien d'autres endroits. On vit naître à Marseille la « foire aux santons ».

       Santons en terre peinte, santons de cire, santons habillés, chaque pays met sa touche propre en cette dévotion au Dieu fait homme : mystère de l'Incarnation.

       De nos jours renaissent des jeux sayniques semblables à ceux du Moyen-Age, que l’on nomme « crèches vivantes »; mais ils ne font en rien ombrage aux petits santons, introduits au domicile familial ou dans la devanture du commerçant.

PETITE CHRONIQUE

       Septembre. « Coupe du monde ! » Après un séjour de trois semaines dans sa famille, en Afrique du Sud, notre frère Séraphin-Marie est bien rentré ; mais... sur trois pattes ! Il claudique avec ses deux belles béquilles. A la première récréation, l'infortuné frère donne l'explication de son infirmité. On n'apprendra à personne que la dernière coupe du monde de football s'est déroulée en Afrique du Sud ; or, cela a donné l'occasion aux gens de la paroisse de notre cher frère, d'organiser un tournoi... Rentré depuis peu au pays, frère Séraphin-Marie fut convié à y participer, et on lui confia les buts. Ainsi, le temps de quelques matchs, il est devenu « frère Gardien » (chez les capucins le Supérieur est appelé « Père Gardien »). Mais notre ancien footballeur n'a plus la souplesse d'antan... Aïe, aïe, aïe ! C'est l'accident le genou est touché : fracture, ligaments endommagés, l'opération est nécessaire. Le chirurgien a opéré avec dextérité et notre frère a pu revenir en France une semaine après cette épreuve inattendue, mais sur deux béquilles !

Aux dernières nouvelles (en ce mois de décembre) il a totalement récupéré. Dieu en soit remercié, ainsi que les médecins !

       Aménagement du parking. Une partie de la vigne dans l’enclos du couvent a été arrachée, pour permettre l'agrandissement du parking situé devant le couvent ; projet de longue haleine, car il faut remblayer avec environ trois mille tonnes de terre. Cela fait un certain nombre de camions.

Mais providentiellement, des entreprises exécutant des travaux dans le hameau ou les environs cherchent à évacuer gravats et terre ; il n'y a pas à aller bien loin : au couvent saint François ! Voilà qui arrange tout le monde. De la sorte le parking a déjà bien grandi.

 

 

 

 

 

Couvent Saint-François 

Morgon 

69910 Viïlié Morgon

 

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