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Sainte Claire et la vie des Clarisses

Publié le 19/08/2026

Lettre aux amis de Saint François N° 9 - 8 décembre 1991 en la fête de l'Immaculée Conception de Marie

 

Chers Amis de Saint-François,

 

       A l'occasion de la fête de l'Immaculée Conception, patronale de tout l'Ordre Franciscain — branche masculine, branche féminine et Tiers Ordre — il nous a semblé bon de vous faire mieux connaître celle qui fut une très parfaite imitatrice de la Très Sainte Vierge Marie tout comme Saint François le fut de Notre Seigneur Jésus-Christ : Sainte Claire.

       Nous voudrions que les lignes qui vont suivre vous permettent de pénétrer davantage cet idéal suivi jusqu'au plus haut degré de la sainteté et qu'elle a légué à toutes celles qui voudraient la suivre dans cette voie séraphique.

       Puissiez-vous comprendre combien la voie franciscaine — et donc la vie des Clarisses — est encore providentielle en notre XXème siècle, parce qu'elle répond à une attente tout en combat¬tant sans ménagement les erreurs et les folies du monde.

       Le pape Léon XIII disait : «c'est par la diffusion de l'esprit franciscain que nous sauverons le monde». Mais peut-il y avoir un esprit franciscain dans le monde s'il n'y a pas, ici et là, d'authenti¬ques fils de Saint François et filles de Sainte Claire ?

 

                                                                                                                                                        Frère Antoine de Fleurance

 

EXTRAITS DU TESTAMENT DE SAINTE CLAIRE

 

       « La plus grande de toutes les grâces que nous avons reçues et que nous recevons chaque jour de notre grand Bienfaiteur, le Père des Miséricordes, (...) c'est notre vocation ; et nous devons témoigner à Dieu d'autant plus de gratitude que l'état auquel il nous a appelées est plus grand et plus parfait. (...)

       Avec quel soin donc, avec quel élan passionné du corps et de l'âme ne devons-nous pas accomplir ce que nous demande Dieu notre Père, afin qu'avec sa grâce nous puissions lui rendre multiplié le talent que nous avons reçu ! Multiplié, car (...) Dieu nous a destinées à être des modèles et des miroirs (...) pour ceux qui vivent dans le monde. Si donc le Seigneur nous a appelées à de si grandes choses, (...) nous avons la stricte obligation d'abord de bénir le Seigneur et de lui en rapporter toute la gloire, et ensuite de nous rendre nous-même toujours de plus en plus courageuses dans le Seigneur pour faire le bien. (...) J'avertis et j'exhorte en N.S.J.C, toutes mes sœurs, présentes et à venir, d'avoir à suivre toujours la voie de la sainte simplicité, de l'humilité et de la pauvreté, d'avoir aussi à mener une vie sainte et édifiante, selon les enseignements que, (...) nous a prodigués notre bienheureux Père François. »

LA CLARISSE EST-ELLE ENCORE UTILE A L'ÉGLISE ?

 

       A l'occasion du dernier recensement, notre état athée a trouvé un point commun entre la mère de famille et la moniale contemplative. Toutes les deux ont été classées sous la rubrique : « autres inactifs » ! Les mères de familles nombreuses apprécieront !

       C'est dire combien la société moderne a perdu le sens de la famille, du bien commun et, il va sans dire, le sens de Dieu. Mais ne sommes-nous pas, nous-mêmes, imprégnés de ce matérialisme qui nous environne ?

       A force de respirer la fumée des autres, notre esprit ne serait-il pas vicié par cette pollution ambiante ? Si, assurément ! c'est sagesse que de le reconnaître.

       C'est ainsi que, voyant partout autour de vous l'urgence des nécessités spirituelles et la multitude des besoins de l'Église et du monde, vous êtes-vous sans doute posé cette question — sinon pour critiquer, au moins pour comprendre — : « La Clarisse est-elle encore utile à l'Église ? ».

       Mon propos sera ici de vous dire — bien imparfaitement — ce que sont les Clarisses et plus particulièrement de justifier leur nécessité dans la grande famille qu'est l'Église.

       Le but suprême de toute vie humaine, ne l'oublions jamais, consiste dans la contemplation de Dieu. Nous cheminons sur la route étroite, bordée d'épines, pour parvenir à cet état seul : voir Dieu et jouir éternellement de cette vision, d'une surabondante bienfaisance. N'est-ce pas pour avoir oublié cette perfection du but, que souvent notre esprit et notre cœur se sont égarés ? N'est-ce pas pour cette même raison que nous nous sommes trop souvent fiancés à « dame suffisance » quand Saint François épousait « dame pauvreté » ?

       Vu le nombre impressionnant de discours ou de paraboles s'y rapportant, le « Royaume des cieux » fut probablement le thème quotidien de la prédication de Notre Seigneur. Avec quelle patience nous indiqua-t-il les moyens d'y parvenir !

       Son amour universel des âmes Lui a fait user de tout ce qui était en son pouvoir pour ce faire, jusqu'au sacrifice de sa propre vie, au don de son Eucharistie et... de sa Sainte Mère !

       Mais, s'il offrit ainsi son amour à chacun, quelle ne fut pas sa dilection pour cette partie du troupeau qui, sans attendre la récompense du ciel, voulut vivre dans la perfection et la contem¬plation «en esprit et en vérité !». N'a t-il pas dit de ces âmes-là qu'elles avaient choisi la meilleure part ? (Ne donnons pas à « meilleur » le sens de « plus doux » ou « plus facile » ; il est le comparatif de BON).

       Certes, si des jeunes filles, encore en ce XXe siècle vieillissant, désirent la vie renoncée et contemplative que leur a léguée Sainte Claire depuis son lointain XIIIe siècle, c'est qu'elles ont reçu une grâce particulière. Il faut se demander alors pourquoi le bon Dieu pousse-t-il des âmes à la vie contemplative alors qu'il y a tant de besoins par ailleurs ? Que notre Père céleste choisisse telle âme, cela est le secret de sa Providence et nous Le Lui laissons, mais qu'en général II se choisisse des élites dans chaque domaine : prédication, action caritative, vie sociale, et à plus forte raison dans le domaine vital de l'union à Dieu — la contemplation —, il nous est bien facile d'en comprendre la raison. Nous constatons également que telle a toujours été sa façon d'agir. Toujours, le bon Dieu, avant ou après son Incarnation, a établi des intermédiaires, des maîtres à penser, des saints propres à soulever l'enthousiasme par leur zèle et leur charité.

       L'homme est ainsi constitué qu'il a besoin de chefs, de modèles, d'âmes fortes pour le stimuler.

       La Clarisse — comme toute contemplative — est là, cachée dans sa clôture, pour nous rappeler notre but : la contemplation de Dieu, qui sera parfaite et réjouira les élus dans la « clôture surnaturelle » du ciel.

       La Clarisse, par sa prière presque continuelle et sa simplicité, telle Marie, sœur de Marthe, aux pieds de Jésus, nous fait nous souvenir de cette demande de N.S. : « priez sans cesse ». Sa prière cependant n'est pas seulement une invitation, elle est aussi efficace de par la grâce de Dieu. Nous avons donc en elle un intercesseur parce qu'elle prie et qu'elle est juste. Du moins, l'observance de sa règle l'y porte. Dieu ne promit-Il pas à Abraham de sauver Sodome du châtiment s'il trouvait dix justes par toute la ville ? Et le prophète Elie — seul contre tous — n'obtint-il pas que le ciel déverse à nouveau la pluie bienfaisante en se tournant avec confiance vers le Seigneur ?

       Ne devrions-nous pas, ne serait-ce que par prudence ! parler souvent aux plus jeunes de la vocation et favoriser la vie contemplative dans cette période de crise et d'insécurité de la foi. Il me semble plus qu'urgent de s'intéresser à cette assurance-là ! C'est elle qu'il faut contracter pour sauver l'Eglise et le monde car ces âmes contemplatives sont de véritables paratonnerres et des sources de pluie spirituelle.

       Pourquoi des Clarisses aujourd'hui ? Pour qu'il y ait, près de nous, une élite de contemplation, propre à nous réveiller, à nous entraîner pour ce qu'il y a d'essentiel dans notre vie ; une élite rassurante parce qu'efficace dans le domaine surnaturel.

       Saint François et Sainte Claire n'étaient pas de ces gens de compromis ou de demi-mesure. Pour eux, c'était tout ou rien... et ils ont choisi tout, un tout sans mesure, un Tout divin : « Mon Dieu et mon Tout ».

       Quelle leçon pour notre pauvre monde ! Avec son étalage de facilités et de plaisirs, sa jouissance outrancière des merveilles de la technique, avec aussi et surtout ses idéologies libérales et révolutionnaires, il ne travaille plus qu'à la formation d'un homme incapable de choisir. Un homme que tout engagement, un peu sérieux, fait trembler : profession, mariage, vie religieuse. Jusque dans ses loisirs, même, il ne sait plus choisir et ne voudrait renoncer à aucun !

       Par sa consécration perpétuelle à l'unique service de Dieu, la Clarisse vient nous rappeler cette nécessité de choisir ; et de choisir bien : de suivre fidèlement le chemin sans retourner la tête car « celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas digne du royaume des cieux ». (Luc 9 ; 62)

       Certains diront que c'est solution de facilité et de tranquillité que cette consécration à la prière dans le calme et la paix d'une clôture monastique. Pas sûr î Du reste, ceux qui parlent ainsi sont les mêmes qui refusent de suivre une retraite spirituelle de 8 jours, attentifs à ne pas perdre de temps au service de la société... à moins que ça ne soit la peur du silence et de la rencontre avec l'Éternel !

       D'aucuns encore penseront : voilà une vie bien monotone ! Ils jugent avec les critères du monde qui trouve monotone et ennuyeux tout ce qui n'est pas agitation ou nouveauté. La Clarisse met ses richesses en Jésus-Christ qui est inépuisable en beauté, en grandeur... La crèche, la croix, la sainte Eucharistie, toujours entourées de la Vierge Marie, — les grandes dévotions franciscaines — remplissent le cloître, le rendent vivant.

       La surnaturelle simplicité, fruit de la pauvreté franciscaine, permet, à l'instar du petit enfant, de recueillir dans les moindres choses naturelles ou surnaturelles, des joies et des consolations.

       La pauvreté et le détachement augmentent-ils ? ... alors, la moindre touche divine enchante et apaise l'âme, l'établit dans une joie vraie. Joie incompréhensible pour un monde qui ne voit, dans une telle austérité de vie, que source de bien des larmes.

       Cette pauvreté, plus radicale chez les Clarisses que partout ailleurs, ne fait-elle pas encore écho à cet appel à la confiance que nous lançait N.S. : « ne vous inquiétez pas pour votre vie... ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez ; ne vous tourmentez pas... Dieu sait que vous en avez besoin... aussi bien, cherchez son Royaume » ?

       La pauvreté... encore un choix, celui que n'a pas voulu faire le jeune homme riche de l'Evangile qui a mis en compétition ses biens et l'intimité du Fils de Dieu !

       Concluons en rappelant cet article du Credo si riche en conséquences pour notre vie : « je crois en la communion des saints ». Membres de Jésus-Christ, nous formons une famille au sein de laquelle Dieu se réserve le droit de choisir des âmes qui seront toutes données à la contemplation de Sa Gloire. Ces « fleurs d'une odeur très agréable » — selon l'expression de Saint Bonaventure — produiront « en abondance des fruits de gloire ». Et ces fruits sont les fruits de l'arbre tout entier, ils viennent l'ennoblir et en justifier la moindre branche.

       Par la communion des saints, l'effort de chacun enrichit l'ensemble. Nous sommes comme les rameurs d'une galère ; plus un rameur est généreux, plus l'effort de chacun est soutenu et plus la galère avance. Mais aussi, plus il y a d'abandons parmi les rameurs, plus sont nécessaires les élites, afin d'éviter la dérive complète.

       Tel est le rôle de cette vie pauvre et contemplative des Clarisses : sans cesse elles annoncent à tous le port du salut, elle encourage et aide à ramer vers ces rivages célestes malgré les courants contraires. Plus que jamais nous avons besoin de ce signal d'alarme et de ce soutien spirituel !

                                                                                                                                                                                                               F.C.

 

PETITE CHRONIQUE DU COUVENT

 

LUNDI 25 MARS. Le P. Gardien nous réunit pour nous annoncer le décès de Mgr Lefebvre. Le 2 avril, toute la communauté se rend à Écône pour assister aux obsèques de celui qui reste pour nous un guide et un modèle de charité ; disons-le : un père.

VENDREDI 19 AVRIL. Le P. Antoine part prêcher la retraite des sœurs dominicaines contemplatives d'Avrillé. Nos deux Ordres, comme deux frères jumeaux, doivent veiller à conserver de véritables liens d'amitié. Pas d'inquiétude, nous avons également renoué avec cette tradition !

MERCREDI 8 MAI. Notre frère Jean se libère définitivement de « sa liberté ». Marie Médiatrice de toutes grâces lui a en effet obtenu de faire profession perpétuelle. Et comme c'est aussi jour de rogations, nous faisons, dans l'après-midi, une belle procession jusqu'à la croix de la côte du Py qui domine le village.

ASCENSION 9 MAI. La vie capucine : la croix et la bannière ? En tous cas il est certain que, sous ces pieux objets, nous aimons rassembler tous nos fidèles. Deux pères, les dimanches précédents avaient reprécisé les raisons de marcher tous ensemble pour la Pentecôte. Ce 9 mai le P. Crispin commence ainsi son sermon : « M.F., je vais vous parler, aujourd'hui, de deux pèlerinages ! Soupirs, hochements de tête parmi les fidèles...

       Mais il s'agissait des deux pèlerinages de N.S. : celui vers la croix et celui de l'Ascension, vers le ciel... ouf ! En attendant, ce jour-là, « l'attentiomêtre » a battu son record.

VENDREDI 31 MAL Notre frère Félix prend l'habit. Pour lui, ce qui nous parait être une montagne n'est que colline (il est Suisse) ! Aussi, attend-il la profession avec impatience (surnaturelle bien-sûr !).

JUILLET - AOUT. Camps - retraites prêchées avec nos frères dominicains - session de théologie... le couvent se vide ! Le cuisinier a moins de travail !

JEUDI 8 AOUT. Tremblement de terre au couvent. Le séisme se prolongeant, on s'inquiète... mais non î ce ne sont que les frères qui s'en donnent à coeur joie avec le marteau piqueur ! Ils ont entrepris la construction du cloître. A ce jour, il reste encore les piliers de bois et la charpente à installer.

JEUDI 29 AOUT. Après la messe, départ matinal pour la grande promenade annuelle de trois jours. Elle nous fera découvrir les merveilles du « cloître du bon Dieu ». Si, pour beaucoup, l'étonnement est grand en nous voyant passer, nous pouvons témoigner cependant que l'hospitalité n'est pas morte en Beaujolais î

LUNDI 2 SEPTEMBRE. Le P. Gardien part prêcher la retraite aux Petites Sœurs de Saint François et visite ainsi nos postulantes Clarisses qui sont en de bonnes mains.

VENDREDI 4 OCTOBRE. Saint François ! - Après de belles vendanges et une non moins belle retraite sur la charité, qui nous est prêchée par le P. Innocent-Marie (O.P.), nous célébrons notre Père Saint François sous la bienveillante présidence de Mgr Fellay.

 

COUVENT SAINT-FRANCOIS

MORGON –

69910 VILLIE MORGON

C.C.P. No 1704.43 M LYON, à l'ordre de «LA PROVIDENCE»

 

IMAGE DE COUVERTURE: Dernier hommage de St Claire pour St François (Giotto)

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